Rivière turquoise entre des falaises calcaires boisées, illustration de la qualité des ressources en eau

Chlorothalonil dans l’eau du robinet : ce que l’on sait vraiment

Pesticides et eau du robinet

En 2023, une campagne nationale de l'Anses a révélé qu'un résidu du chlorothalonil, un fongicide interdit, était présent dans plus d'un prélèvement d'eau potable sur deux en France. Depuis, la situation réglementaire a évolué. Voici ce que disent les sources officielles, et ce que nos rapports de laboratoire établissent.

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prélèvements contenaient le métabolite R471811 lors de la campagne Anses

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dépassait la limite de 0,1 µg/L, alors applicable à ce métabolite

≈ 20 %

de l'eau distribuée en France couverte par les points de captage analysés

0,9 µg/L

nouvelle valeur de référence du R471811 depuis l'avis Anses d'avril 2024

Sources : rapport de la campagne Anses publié le 6 avril 2023, avis Anses du 29 avril 2024.

Contexte

Un fongicide interdit qui laisse des traces

Le chlorothalonil est un fongicide commercialisé par Syngenta et longtemps utilisé sur les céréales. En France, 1 710 tonnes ont été vendues en 2016.

En avril 2019, la Commission européenne a refusé de renouveler son autorisation par le règlement d'exécution 2019/677. Elle estimait impossible d'exclure des effets nocifs des métabolites du chlorothalonil retrouvés dans les eaux souterraines. La France a laissé un délai d'écoulement des stocks jusqu'en mai 2020.

Sur le classement sanitaire, la nuance compte. Le chlorothalonil est officiellement classé cancérogène de catégorie 2 (effet suspecté) dans l'Union européenne. Dans son évaluation de 2018, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) proposait la catégorie 1B (cancérogène supposé). Ce classement concerne la molécule mère, pas automatiquement ses produits de dégradation.

Le problème actuel vient justement de ces produits de dégradation, appelés métabolites. Ils se forment dans les sols puis migrent vers les nappes, et certains y restent des années après l'interdiction. La Suisse les a détectés la première, en 2019. Ces données ont poussé l'Anses à les rechercher en France.

Bien lire les chiffres

Un tiers des prélèvements, pas un tiers des Français

Le chiffre le plus repris dans les médias vient de la campagne de l'Anses menée de 2020 à 2022 sur plus de 136 000 résultats d'analyse. Le métabolite R471811 y apparaît dans plus d'un prélèvement sur deux, et dépasse la limite de qualité dans plus d'un prélèvement sur trois.

Ce que ce chiffre ne dit pas. Il porte sur des prélèvements, choisis pour représenter environ 20 % de l'eau distribuée. Il ne permet pas d'affirmer qu'un tiers ou la moitié de la population boit une eau concernée. Une campagne exploratoire cherche des substances peu surveillées, elle ne mesure pas l'exposition de chaque foyer.

Les concentrations maximales relevées atteignaient 2 µg/L. À l'époque, la valeur sanitaire transitoire fixée par le ministère de la Santé était de 3 µg/L, comme le rappelle la réponse du gouvernement à l'Assemblée nationale.

Ce qui a changé

Avril 2024 : deux métabolites, deux statuts

En 2021, l'Anses avait classé le R471811 comme pertinent par précaution, faute de données suffisantes. Ce statut impose la limite de qualité de 0,1 µg/L. Le 29 avril 2024, l'agence a revu sa position dans un nouvel avis.

Métabolite R471811

Reclassé non pertinent

La limite de 0,1 µg/L ne s'applique plus. Il relève désormais d'une valeur indicative de 0,9 µg/L. Dès 2022, l'Anses le jugeait ni mutagène ni génotoxique.

Métabolite R417888

Classé pertinent

La limite de 0,1 µg/L s'applique. En attendant une valeur sanitaire définitive, une valeur transitoire de 3 µg/L sert de repère. La campagne l'a retrouvé au-dessus de 0,1 µg/L dans environ 3 % des échantillons.

Conséquence directe : des eaux déclarées non conformes en 2023 à cause du R471811 ne le sont plus depuis avril 2024. L'ARS Hauts-de-France détaille ce changement, et plusieurs préfectures ont abrogé leurs arrêtés de dérogation dans la foulée.

À garder en tête aussi : la limite de 0,1 µg/L n'est pas un seuil de toxicité. Le ministère de la Santé la décrit comme un indicateur de dégradation de la ressource en eau, sans signification sanitaire en soi. La valeur qui détermine si l'eau reste buvable est une autre valeur, fixée substance par substance.

La situation actuelle

Les pesticides dans l'eau restent un vrai sujet

Le reclassement du R471811 ne règle pas la question des pesticides dans l'eau du robinet. Selon la réponse du ministère de la Santé au Sénat publiée en septembre 2025, 74,7 % de la population a reçu en permanence une eau conforme pour les pesticides et leurs métabolites en 2023. Ce taux était de 84,6 % en 2022.

Le ministère précise que la plupart de ces dépassements restent limités en concentration ou en durée. Seules 7 situations ont conduit à restreindre l'usage de l'eau pour la boisson en 2023. La baisse s'explique aussi par une surveillance plus large qu'avant.

En avril 2025, trois ministères ont publié une feuille de route pour mieux protéger les zones de captage. Les chiffres détaillés figurent dans le bilan national pesticides 2024 du ministère de la Santé.

Traitement de l'eau

Pourquoi ces métabolites sont difficiles à traiter

Le R471811 est une molécule très soluble et très mobile dans l'eau. C'est ce qui la rend difficile à retenir, y compris dans les stations de traitement.

Une étude de l'Eawag et de l'EPFL publiée en 2020 a comparé plusieurs traitements. En station, le charbon actif retient le R471811 mais sature vite et doit être renouvelé souvent. L'osmose inverse a éliminé tous les métabolites testés à au moins 98 %.

Les essais pilotes de la Ville de Lausanne confirment que le R417888 se retient plus facilement sur charbon actif que le R471811. L'Eawag résume ces résultats dans une fiche dédiée.

Nos rapports de laboratoire

Ce que nos tests établissent sur le chlorothalonil

Phoenix Gravity

Nos filtres actuels. Le rapport RaYnu 2510041B (2025) mesure une réduction supérieure à 99 % sur les pesticides et herbicides testés, avec des concentrations de sortie inférieures à 0,001 µg/L.

Black Berkey®

La génération précédente. Le rapport Envirotek 14-260 mesure le chlorothalonil : 50,2 µg/L en entrée, moins de 0,5 µg/L en sortie, soit plus de 99,9 % de réduction.

Ces résultats portent sur la molécule mère. Les métabolites R471811 et R417888 ne figurent pas dans nos rapports publiés. Nous ne communiquons donc aucun taux de réduction pour ces deux molécules.

Chaque rapport indique les concentrations mesurées, les volumes testés et ses limites. Un résultat vaut pour une substance précise, dans les conditions de l'essai.

En pratique

Connaître votre eau en trois étapes

1

Consultez les analyses de votre commune

Les résultats du contrôle sanitaire sont publics. Sur la page Qualité de l'eau potable du ministère de la Santé, choisissez votre région, puis votre département, votre commune et votre réseau. Cherchez les lignes chlorothalonil R471811 et R417888.

2

Lisez la synthèse annuelle de votre réseau

Chaque année, l'ARS rédige une note sur la qualité de l'eau distribuée, jointe à la facture. Vous la retrouvez aussi sur la carte des infofactures.

3

Comparez avec les contaminants testés

Mettez en face les substances mesurées chez vous et celles couvertes par les rapports du Phoenix Gravity. Les données brutes sont aussi disponibles en accès libre sur data.gouv.fr.

À retenir

  • Le chlorothalonil est interdit en France depuis 2020, mais ses métabolites persistent dans certaines nappes.
  • Le chiffre d'un tiers concerne des prélèvements d'une campagne exploratoire, pas la population entière.
  • Depuis avril 2024, le R471811 est classé non pertinent. Le R417888 reste soumis à la limite de 0,1 µg/L.
  • Nos rapports couvrent la molécule mère du chlorothalonil, pas ses métabolites.
  • Les analyses de votre commune restent le meilleur point de départ.

Questions fréquentes

Vos questions sur le chlorothalonil

L'eau du robinet est-elle encore potable ?

Dans la très grande majorité des cas, oui. Les autorités sanitaires distinguent la limite de qualité, qui signale une dégradation de la ressource, et la valeur sanitaire, qui détermine si l'eau peut être bue. En 2023, 7 situations seulement ont conduit à restreindre la consommation pour cause de pesticides.

Quelle différence entre le chlorothalonil et ses métabolites ?

Le chlorothalonil est la substance épandue sur les cultures. Dans les sols, il se dégrade en plusieurs molécules différentes, les métabolites. Elles n'ont ni les mêmes propriétés, ni la même toxicité, ni le même comportement face à la filtration.

Pourquoi écrire supérieur à 99 % plutôt que 100 % ?

Un laboratoire mesure jusqu'à une limite donnée. Une concentration de sortie inférieure à cette limite signifie qu'elle est sous le seuil mesurable, pas qu'elle est nulle.

Pourquoi le Black Berkey® n'est-il plus proposé ?

Son retrait découle d'un litige réglementaire aux États-Unis. L'agence américaine de l'environnement (EPA) a requalifié le filtre en produit pesticide, à cause de l'argent utilisé dans son média filtrant. Les éléments Phoenix Gravity New Millennium Edition™ ont pris le relais. Ils sont compatibles avec les systèmes Berkey® et disposent de leurs propres rapports, consultables sur la page des tests Phoenix. Les rapports historiques du Black Berkey restent disponibles sur la page dédiée.

Sources